Conférence inaugurale de rentrée, organisée par les Presses Universitaires de Pau et des Pays de l’Adour et les Presses Universitaires de Bordeaux, en partenariat avec l’UPPA et l’UBM : L’épreuve de l’étranger dans les littératures du Maghreb et du Machreq, par Mounira Chatti, professeure de littératures francophones à l’université Bordeaux  Montaigne (Equipe TELEM) (amphithéâtre de la présidence).

Résumé

La création littéraire au Maghreb et au Machreq peut se définir comme une « épreuve de l’étranger » (A. Berman). Le monde arabo-islamique vit de manière tragique sa « blessure anthropologique » née du « choc de la rencontre avec l’Occident » (G. Tarabichi). Marquée par celle-ci, la nahda (Renaissance) est porteuse d’une tension extrême entre ouverture à l’autre et retour sur soi, entre occidentalisation, le plus souvent jugée comme acculturation, et idéalisation qui va jusqu’à la naturalisation et l’essentialisation du passé. L’innovation se heurte au poids du legs et du sacré, c’est pourquoi « l’épreuve de l’étranger » prend un sens ouvert qui ne se limite pas à la traduction. Nourries des impulsions venues de l’ailleurs, les formes littéraires – singulièrement la poésie, le théâtre et le roman – sont les domaines où le rajeunissement et la rénovation se manifestent d’une manière éclatante. De nombreux écrivains vont contribuer à la régénération de la littérature et de la critique francophones et arabophones, en multipliant les sources et en puisant à la fois dans celles de l’héritage et de la nouveauté. L’appropriation de la langue de l’autre, la traduction, l’exil géographique, l’importation d’un genre comme le roman, autant de pratiques et de détours qui amènent à mettre en scène un sujet inquiet en proie aux paradoxes de l’aventure occidentale. Mounira Chatti est professeure de littératures francophones à l’université Bordeaux Montaigne (TELEM, EA 4195). Elle est l’auteure de La fiction hérétique. Créations littéraires arabophones et francophones en terre d’islam (Classiques Garnier, à paraître, 2015) et a notamment dirigé Littératures plein Suds. Langues, histoire, mémoire (revue Algérie Littérature / Action, Marsa Éditions, 2015), Sexe, genre, identité (L’Harmattan, 2013) et Femmes et création (L’Amandier, 2012).